Législation

Un nouveau négationnisme ?

Le gouvernement  veut "améliorer l'acces à l’IVG" mais le fait toutefois sans beaucoup de précautions et mises en garde, sous prétexte que c’est un « droit ».  Certains sites internet (comme  ivg.net  ) ou centres hospitaliers invitent toutefois les femmes à réfléchir aux conséquences de cet acte qu'est l'IVG.

Il y a 40 ans, Simone Veil en faisant voter la loi sur l’IVG qui porte son mon,  rappelait à la tribune de l’Assemblée Nationale qu’elle voulait que l’ivg soit une "exception". Elle voulait « faire une loi dissuasive » , faire obligation aux médecins « d’informer complètement la femme des risques médicaux de l'ivg » et « faire prendre conscience à la femme de ce qu'il ne s'agit pas d'un acte normal ou banal, mais d'une décision grave qui ne peut être prise sans en avoir pesé les conséquences et qu'il convient d'éviter à tout prix »

Plus récemment, les gynécologues Israël Nisand et Brigitte Letombe ainsi que la psychanalyste Sophie Marinopoulos ont publié en mars 2012 une tribune dans Libération pour  rappeler que, bien qu’ils soient des défenseurs de l’IVG dès la « première heure », ils ne voulaient pas laisser dire n’importe quoi ! Ils fustigent littéralement la tendance actuelle qui voudrait faire croire que le recours à l’IVG n’aurait aucune incidence sur la vie des femmes :

Nous  ne pouvons pas laisser dire que les femmes qui y ont recours ne sont pas marquées, d’une façon ou d’une autre, par cette expérience. Nous voyons chaque jour dans nos consultations des femmes qui nous disent leur souffrance psychologique et leur mal-être parfois de nombreuses années après, alors qu’elles auraient pu «cocher» lors d’un sondage que «tout allait bien». La souffrance ne se coche pas, elle se parle ! Sauf à ne considérer les femmes que dans le registre physique, sauf à omettre leur vie psychique, on ne peut pas écrire que l’accouchement présente un plus grand risque que l’IVG.

Cette posture, qui date de la médicalisation de l’IVG en France, revient à dire que l’avortement n’a aucune conséquence dans la vie d’une femme. Certes elles ne meurent plus ; certes les cases à cocher ne montrent plus de complications, mais tous les cliniciens qui rencontrent des femmes savent qu’il s’agit là d’un vrai négationnisme : il s’agit de dénier le fait qu’une IVG peut marquer douloureusement une vie. Nous n’avons jamais rencontré de femmes pour qui l’avortement a constitué «un événement fondateur de leur vie d’adulte» et nous ne voyons pas quelle étude statistique permet d’affirmer cette énormité. (…) La santé ne se réduit pas au corps mais concerne aussi la santé psychique qui échappe si souvent aux froides analyses statistiques.

Nous, cliniciens favorables aux droits des femmes à interrompre une grossesse et à avoir une sexualité sans risque de grossesse non voulue, nous n’acceptons pas pour autant la banalisation de l’IVG. (…) Nous proposons de ne plus ignorer les difficultés psychiques des femmes qui ont subi une IVG et de tout faire pour prévenir cet événement d’autant plus indésirable qu’il se produit tôt dans la vie des femmes, épargnant toujours les garçons si peu initiés à leur vraie responsabilité.

Il n'est pas rare de voir des écoutantes au sein de notre équipe (CDMA) relèver des lacunes serieuses dans les informations qui sont données. Nous savons combien la législation sur l'IVG en France n'est pas respectée ! Les délais ne sont parfois pas respectés. Le droit des femmes de connaître les risques et les effets secondaires des IVG n'est pas respecté. Faut-il rappeler que le droit à une information complète en matière de santé n'est pas acquis en France ? Les affaires du Médiator comme celle des pilules de troisième génération devraient être là pour nous le rappeler...